06.10.2025
Qui parlera au nom de Baram ?
La protection des droits des peuples autochtones et du patrimoine mondial nécessite de l'ouverture, et non du silence.
**Version traduite**
En 2016, les habitants de Baram ont démontré le véritable pouvoir de la démocratie. Les communautés locales, soutenues par des ONG et la société civile, se sont opposées au projet de barrage hydroélectrique de Baram et ont remporté la victoire. Le projet, qui aurait submergé des villages et des forêts, a été annulé parce que les citoyens ordinaires ont fait entendre leur voix à chaque étape de la lutte.
Il ne s'agissait pas seulement d'une victoire contre un barrage. Elle a rappelé quele peuple a le droit démocratique de participer à chaque étape du processus décisionnel qui affecte sa vie, ses terres et son avenir. Le défunt ministre en chef Adenan Satem a reconnu ce droit. En écoutant la base, il a prouvé que le leadership et la démocratie devaient aller de pair.
« La participation des communautés locales est l'essence même de la démocratie, et non une menace pour celle-ci. » John Jau Sigau
Aujourd'hui, Baram se trouve une fois de plus à la croisée des chemins. Une récente « résolution » exige que les communautés autochtones du Haut-Baram obtiennentune autorisation officielle avant de s'engager avec des ONG. À première vue, cela peut sembler être une mesure d'ordre et de protection. En réalité, cela risque de réduire les communautés au silence, de donner du pouvoir à des « consultants » sélectifs et d'éroder les droits démocratiques que le peuple Baram a défendus avec tant d'acharnement.
Le problème juridique et moral
La Constitution fédérale de Malaisie garantit la liberté d'association et d'expression. Les peuples autochtones, en vertu du droit national et des normes internationales telles que le consentement libre, préalable et éclairé (FPIC), ont le droit de choisir librement leurs partenaires en matière de développement et de défense de leurs droits.
En soumettant l'accès des ONG à l'approbation bureaucratique, cette résolution transfère le pouvoir des communautés elles-mêmes aux acteurs politiques. Au lieu de renforcer la démocratie, elle risque de l'affaiblir.
Le danger des « consultants » sélectifs
L'un des dangers les plus graves est la montée en puissance de « consultants » sélectifs, c'est-à-dire des groupes triés sur le volet autorisés à opérer tandis que d'autres sont exclus. Ces consultants peuvent prétendre représenter les communautés, mais dans la pratique, ils servent souvent des intérêts politiques ou commerciaux.
« Lorsque seules les voix triées sur le volet sont entendues, la démocratie cède la place à l'autocratie et à la corruption. » (Boyce Ngau Anyi – Gerenai Communities Right Action Commette)
Ce processus sélectif risque d'exclure la majorité des voix autochtones, de réduire au silence les ONG critiques et de créer des divisions. Il ouvre la voie à l'autocratie et à la corruption, où l'accès et la représentation sont accordés sur la base de faveurs plutôt que de droits.
Exploitation sans surveillance
La restriction de l'engagement des ONG affaiblit également le contrôle sur l'exploitation forestière, les plantations, l'exploitation minière et les projets de barrages. Sans surveillance indépendante, les communautés sont exposées à un risque accru de perte de terres, de destruction de l'environnement et d'érosion culturelle. Les décisions peuvent être présentées comme « consultatives » alors qu'en réalité, les voix de la résistance sont mises de côté.
L'annulation du barrage de Baram a prouvé que lorsque les voix de la base sont entendues, les projets destructeurs peuvent être arrêtés. Si ces voix avaient été bloquées ou filtrées par des gardiens, le résultat aurait probablement été très différent.
Le patrimoine mondial en jeu
Baram n'est pas seulement une question locale. C'est une région qui revêt une importance patrimoniale mondiale :
- Le parc national de Gunung Mulu, site classé au patrimoine mondial de l'UNESCO.
- Le parc national de Pulung Tau, qui protège des écosystèmes fragiles.
- De vastes forêts, des espèces rares et des sites culturels essentiels à l'identité autochtone.
« Baram n'est pas seulement local, il fait partie du patrimoine mondial. » Thomas Jalong (président de JOAS)
Restriction de la recherche indépendante et de l'accès à la conservation compromet les engagements de la Malaisie envers l'UNESCO, la Convention sur la diversité biologique et la Convention de Ramsar. Cela risque également de nuire à l'écotourisme, qui dépend de la confiance mondiale dans la transparence et la durabilité.
L'État de droit et l'avenir de Baram
Pour que la Malaisie soit respectée en tant que nation régie par l'État de droit, l'engagement des ONG ne peut être réduit à une question de faveur politique. Tout processus doit être transparent, responsable et, surtout, respectueux des droits constitutionnels et de l'autonomie autochtone.
Feu Adenan Satem l'avait compris. Il savait qu'écouter la base, soutenue par des ONG et des OSC crédibles, n'était pas une faiblesse mais une force. Sa décision concernant le barrage de Baram reste un modèle de leadership fondé sur l'équité et la clairvoyance.
« Ignorer cette leçon aujourd'hui serait déshonorer l'héritage d'Adenan et priver le peuple de Baram de son pouvoir. »
Un appel à l'ouverture, pas au silence
La voie à suivre est claire :
- Les communautés doivent rester libres de choisir leurs partenaires sans ingérence bureaucratique excessive.
- L'engagement des ONG doit être équitable, transparent et responsable, et ne pas se limiter à des consultants sélectionnés.
- Une surveillance indépendante doit protéger les droits autochtones et les obligations internationales de la Malaisie.
Une tentative de détourner l'attention du véritable problème
Au vu de tout ce qui se passe dans le Haut Baram, il n'est pas déraisonnable de soupçonner que cette tentative de soi-disant résolution n'est qu'une tactique visant à détourner l'attention du public du véritable problème : les terres autochtones et les forêts vierges sont détruites par la société forestière Borneoland, avec la bénédiction du département des forêts. Cette exploitation forestière controversée est autorisée à se poursuivre sans certification, alors que toutes les exploitations forestières à long terme au Sarawak doivent être certifiées. De nombreux habitants et communautés locales s'opposent à ces opérations. Leurs voix comptent et sont puissantes. C'est peut-être l'une des raisons pour lesquelles le département des forêts tente de diaboliser les ONG : pour détourner l'attention et rejeter la responsabilité sur d'autres.
Baram se trouve une fois de plus à un tournant. Nous pouvons choisir la voie de l'ouverture, de la responsabilité et d'un véritable partenariat, ou celle du silence, du contrôle et de l'exploitation.
Pour le bien de notre démocratie, de nos forêts et de l'avenir de nos enfants, le choix devrait être évident.
Peter Kallang
Président – SAVE Rivers