20.07.2026

L'avenir de la région du Haut-Baram : droits, durabilité et développement responsable

par Peter Kallang

**version traduite**

L’avenir de la région du Haut-Baram n’est plus un débat abstrait opposant développement et conservation. Il s’agit d’un conflit réel et persistant impliquant les communautés autochtones, les intérêts forestiers et les autorités gouvernementales chargées de la gestion des forêts du Sarawak.

Depuis 2024, les communautés autochtones Penan et Kenyah du Haut-Baram s’opposent aux activités d’exploitation forestière à grande échelle menées par Borneoland Timber Resources au sein d’une concession forestière très contestée couvrant certaines parties de la zone forestière du Haut-Baram. Les communautés ont érigé des barrages, intenté des actions en justice, déposé des plaintes auprès de la police et s'opposé à plusieurs reprises aux activités d'exploitation forestière qui, selon elles, ont été approuvées sans leur consentement libre, préalable et éclairé (FPIC). Malgré ces objections, les opérations d'exploitation se sont poursuivies, entraînant des tensions croissantes, des divisions au sein des communautés, ainsi que des allégations d'intimidation et d'empiètement sur les terres relevant des droits coutumiers autochtones (NCR).

Ce conflit met en lumière une question plus large : quel type de développement le Sarawak propose-t-il à la région de l’Upper Baram ?

Les forêts de l’Upper Baram ne sont pas de simples ressources forestières. Ce sont des terres ancestrales qui fournissent de la nourriture, de l’eau, une identité culturelle et des moyens de subsistance aux communautés autochtones, notamment les Penan, les Kenyah, les Kayan, les Kelabit et les Lun Bawang. Elles abritent également certains des derniers paysages forestiers intacts du Sarawak et jouent un rôle important dans la conservation de la biodiversité et la régulation du climat.

Un avenir durable pour la région de l’Haut-Baram doit reposer sur quatre principes clés.

1. Reconnaissance des droits coutumiers autochtones (NCR)

Toute solution durable doit commencer par la reconnaissance et la protection des terres relevant des droits coutumiers autochtones.

Bon nombre des conflits actuels découlent du fait que les communautés autochtones considèrent les forêts concernées comme des territoires ancestraux qu’elles occupent et gèrent depuis des générations. Lorsque des licences sont délivrées sans tenir compte de manière adéquate des revendications relatives aux droits coutumiers autochtones, les conflits deviennent presque inévitables.

Une reconnaissance claire des terres relevant des NCR apporterait une certitude tant aux communautés qu’aux agences gouvernementales et aux investisseurs. Plus important encore, elle garantirait que le développement se poursuive dans le respect de ceux dont la vie est la plus directement affectée.

2. Un véritable consentement libre, préalable et éclairé (FPIC)

Le conflit de la Haute-Baram a également mis en lumière des inquiétudes quant à savoir si les communautés concernées avaient été correctement consultées avant la délivrance des permis d’exploitation forestière. Les représentants des communautés ont déclaré à plusieurs reprises qu’ils n’avaient pas donné leur consentement aux activités d’exploitation forestière sur leurs terres coutumières et que les processus de consultation étaient insuffisants.

Le FPIC doit être plus qu’une simple exigence procédurale. Les communautés doivent recevoir des informations complètes sur les projets proposés, notamment concernant les impacts environnementaux, les avantages économiques, les implications en matière d’aménagement du territoire et les conséquences à long terme. Elles doivent disposer de suffisamment de temps pour examiner ces informations et avoir la liberté d’accepter, de rejeter ou de demander des modifications aux projets proposés.

Le respect du FPIC n’est pas un obstacle au développement. Il est essentiel pour prévenir les conflits, instaurer la confiance et garantir que le développement bénéficie d’un véritable soutien de la communauté.

3. Aller au-delà du bois

La controverse actuelle autour des activités de Borneoland démontre les limites d’une stratégie de développement reposant principalement sur l’exploitation forestière.

Si l’exploitation forestière peut générer des revenus à court terme, elle engendre également des coûts environnementaux et sociaux à long terme. Les communautés s’opposent depuis longtemps à l’idée que les bénéfices de l’exploitation forestière à grande échelle justifient la perte des forêts, des habitats fauniques, de la protection des bassins versants et du patrimoine culturel. Parallèlement, le Sarawak lui-même promeut de plus en plus une vision « Au-delà du bois » qui reconnaît les forêts comme des atouts pour le stockage du carbone, la conservation de la biodiversité, les services écosystémiques et les moyens de subsistance durables. Cependant, les actions concrètes sur le terrain se font encore attendre.

La région du Haut-Baram présente un potentiel considérable pour des voies économiques alternatives, notamment la foresterie communautaire, l’écotourisme, l’agriculture durable, les micro-énergies renouvelables et les industries fondées sur le savoir. Ces approches peuvent générer des revenus tout en préservant l’intégrité écologique de la forêt et en préservant les cultures autochtones.

Le développement ne devrait pas être mesuré à l’aune de la quantité de bois extraite de la forêt, mais à celle des progrès réalisés en matière d’éducation, de santé, de moyens de subsistance, de qualité de l’environnement et de bien-être communautaire.

4. Transparence, responsabilité et normes de durabilité

Les litiges actuels ont également soulevé des questions plus larges concernant la transparence et la gouvernance.

Les communautés et les organisations de la société civile ont remis en cause la délivrance des permis d’exploitation forestière, l’absence d’études d’impact accessibles au public, ainsi que l’application adéquate des normes de durabilité. Les recours judiciaires actuellement en instance devant les tribunaux reflètent les préoccupations selon lesquelles les décisions affectant les territoires autochtones ont été prises sans une responsabilité suffisante ni une participation communautaire adéquate.

Tous les futurs projets d’exploitation des ressources devraient faire l’objet d’évaluations environnementales et sociales rigoureuses, d’un suivi indépendant, d’une divulgation publique des informations et d’un respect strict des normes de durabilité reconnues au niveau international. Lorsque les entreprises ne satisfont pas à ces exigences, les autorités doivent être prêtes à réexaminer, suspendre ou révoquer les permis.

Conclusion

Les tensions dans le Haut-Baram ne concernent pas simplement l’exploitation forestière. Elles portent sur les droits, la gouvernance et l’orientation future du développement au Sarawak.

Si le Sarawak prend au sérieux le développement durable et sa vision déclarée « Beyond Timber », alors les droits des peuples autochtones, le consentement libre, préalable et éclairé (FPIC), la protection de l’environnement et une gouvernance transparente doivent devenir les fondements de la prise de décision. Continuer à approuver des projets d’exploitation forestière contestés alors que les communautés mènent des blocages, des actions en justice et des manifestations risque d’aggraver le conflit et de saper la confiance du public.

La région du Haut-Baram offre l’occasion de démontrer que le développement économique, les droits des peuples autochtones et la gestion responsable de l’environnement peuvent aller de pair. Pour concrétiser cet avenir, il faudra une reconnaissance effective des terres relevant des droits fonciers non revendiqués (NCR), un consentement communautaire authentique, des alternatives économiques durables et une gouvernance responsable au service des générations actuelles et futures.